J’ai mal. J’ai physiquement mal.

J’ai écrit un statut Facebook à ce sujet, puis je l’ai effacé. C’est trop dramatique, les statuts Facebook. Ça crie « j’ai besoin d’avoir de l’attention! »

Je n’ai pas besoin d’attention. J’ai besoin de parler. De crier. Ou d’écrire. Je ne sais pas.

Ça fait plusieurs mois que je n’ai pas eu aussi mal.

Ça fait plusieurs mois que je n’ai pas regardé toutes les photos que je pouvais trouver de Renaud, en pleurant. Je m’ennuie. Tellement. Je ferais tout pour l’avoir à mes côtés, juste cinq minutes.

Je pense que tout ceci est dû à mon dîner avec ma grand-mère et ma tante. Ça faisait longtemps qu’on ne m’avait pas demandé comment j’allais, avec le départ de Renaud. J’ai dû y penser.

Je ne peux pas y penser.

Renaud, c’était mon monde. J’étais probablement trop attachée à lui, trop mère poule même si c’était mon petit frère. J’avais l’impression qu’il devait être protégé. Pris par la main. Tout le temps.

Je ne serais jamais partie six mois à l’étranger si Renaud était encore en vie. Jamais. Ce n’est même pas une question. Quand les gens me demandent si je me suis ennuyée quand je suis allée deux mois en Australie, je réponds non. Ce n’est pas que je suis sans coeur, je considère seulement pouvoir percevoir la personnalité de quelqu’un, que ce soit par message direct, par courriel, via les médias sociaux ou par téléphone. Je n’ai pas besoin de voir une personne pour la ressentir près de moi. Donc je ne m’ennuie pas.

Renaud, j’avais besoin de le toucher. De le regarder, afin de voir, pour une demi-seconde, son regard fuyant. J’avais besoin qu’il me donne un bec dans le creux de l’épaule, comme seulement lui savait le faire. Je n’aurais jamais pu partir six mois sans le toucher. Sans le voir. Sans le sentir.

Ça va faire 11 mois, dans une semaine. ONZE mois sans Renaud.

Je ne peux pas le croire.

Ça ne se peut pas.

Renaud était la personne la plus simple, la plus facile à aimer, sur toute cette terre.

C’était une boule de bonheur.

Qu’est-ce qu’il a fait, crisse? Son autisme, fine. Le syndrome bizarre, fine. Les problèmes moteurs, fine. Il était capable d’être heureux.

Cette crisse d’épilepsie à marde pas contrôlable a ruiné tout. Mais Renaud ne le laissait pas paraitre. Il avait sûrement des gros maux de tête. Mais on ne le savait pas. Il ne pouvait pas en parler. Il souriait. Toujours.

Dans ma tête, je dois me dire qu’il a choisi de partir. En fait, je le sais qu’il a choisi de partir. Il a choisi le moment de son dernier souffle.

C’est peut-être trop space, mon affaire. Mais je le connais, Renaud, malgré tout. S’il a choisi de partir, c’est qu’il le savait, qu’il n’aurait plus la même vie après sa chute.

Il était bizarrement intelligent, Renaud.

Il le savait, qu’il ne serait plus le Ren Ren souriant, heureux, enjoué, qui court partout, son cerveau ne lui permettrait pas.

Alors il a choisi de NOUS aimer et de rester ce magnifique petit coco à tout jamais.

Mais là, je braille.

Crisse, il est minuit et demi pis là ça vient de me pogner à quel point je m’ennuie de lui. C’est pas le temps d’appeler quelqu’un, c’est pas le temps de crier « regardez-moi! J’ai de la peine! » sur Facebook.

Alors j’écris ce qui me passe par la tête. Sans me relire.

Tout ça ne fait probablement aucun sens.

J’ai physiquement mal, caliss.

Je regarde des photos de lui tout souriant, tout heureux, tout parfait. Ça me brise le coeur.

Je m’ennuie.

Ce midi, ma tante m’a demandé si je rêvais à lui, parfois. J’ai répondu que non.

Je pense qu’il est temps de me coucher.

Cette nuit, Renaud, j’aimerais rêver à toi.