Je ne veux plus travailler

EN BREF : dans Allô, job de rêve!, j’expliquais qu’on a le droit de changer de carrière… et je pense que je suis rendue là. 

Je ne sais même pas par où commencer.

Je vis un profond désillusionnement.

Dans les derniers jours, plusieurs circonstances se sont succédé et me mènent à des réflexions toujours plus grandes et toujours plus poussées sur le travail, sur le capitalisme et sur moi, comment je veux vivre à travers tout ça.

Ça fait un bout que je suis assez critique par rapport au monde du travail, mais on dirait que là, je vis plus que ça.

C’est vraiment un désenchantement et je crois que c’est directement lié à la carrière que j’ai et aux outils que je dois utiliser dans le cadre de mon travail.

Un petit peu d’historique

screencap blogue finances personnelles
La première trace de mon site web que j’ai pu retrouver

Je suis présente sur internet de façon professionnelle depuis 2011. Bref, ça fait longtemps en ‘ta.

J’en ai vu, des modes, et j’en ai suivi, des trends. Mais depuis quelques années, ça me déprime, tout ce qui se passe, et je pense que ça va finir par signifier la fin de ma carrière.

Quand j’ai commencé, la règle était claire : crée du contenu qui va plaire aux gens que tu tentes de joindre, et ils le verront.

Maintenant? La règle est plutôt : crée du contenu que les algorithmes veulent voir, et peut-être que les gens que tu tentes de joindre la verront.

En septembre 2023, mon site web a été complètement déclassé de Google lors d’une mise à jour. À ce moment, les blogueurs ont commencé à tomber comme des mouches. Plusieurs ont dû trouver un autre métier. Juste parmi ceux que je connais personnellement, j’en compte plus d’une dizaine.

De mon côté, entre des contrats déjà signés, mon congé de maternité et des opportunités qui sont arrivées en cours de route, j’ai réussi à m’en sortir de peine et de misère. Mais là, je suis VRAIMENT à la croisée des chemins.

À travers tout ça, j’ai appris hier que la garderie de ma fille va fermer à la fin du mois prochain, et on dirait que ça me challenge encore plus sur le fait que j’ai l’impression que, même si c’est la norme, même si c’est ce que tout le monde fait, c’est anormal de travailler cinq jours sur cinq quand tu as un enfant en bas âge.

Je crois que ma fille doit aller à la garderie pour son développement.

Je crois que d’imposer aux femmes de rester à la maison et d’être dépendantes financièrement est la pire chose.

Mais moi? J’ai juste envie de m’occuper de ma fille et de ma maison. Mais ça ne paie pas, et comme je ne suis pas financièrement indépendante, ce n’est pas une option.

J’ai l’impression que c’est une réflexion extrêmement privilégiée… mais que ça ne devrait pas l’être.

À travers tout ça, je vis une certaine jalousie, car mon copain retourne à l’école la semaine prochaine. Lui aussi était tanné de son travail, il s’est questionné sur ce qu’il avait envie de faire, et a trouvé un nouveau métier qui l’intéresse ET qui a de bonnes perspectives salariales.

Il ne saute pas sur les toits en disant, « Wouhou, je suis excité de travailler! », mais il a trouvé quelque chose qu’il veut faire.

Le « non-commodity content »

Moi qui travaille à l'ordinateur dans un café

Hier, j’ai vu une publication LinkedIn qui parlait du « Commodity content vs non-commodity content« 

Le commodity content, c’est « 25 trucs pour épargner sans effort« . Le non-commodity content, c’est « Pourquoi j’ai acheté une voiture neuve (ce que je ne pensais jamais faire) »

Le générique vs le réel.

Je n’ai pas de problème avec l’idée, à la base. J’ai toujours créé du contenu plus personnel de temps en temps. Mais je ne suis pas d’accord que les articles informatifs n’ont plus leur place. 

En disant qu’un type de contenu est bon et que l’autre est mauvais, on est encore en train de revenir à une recette où tout le monde fait la même affaire. 

On ne peut pas juste avoir le milieu plate? Et choisir quel type de contenu est plus approprié au message, sans risquer d’être complètement déclassé?

Aujourd’hui, il faut impérativement suivre les trends. Il faut faire exactement comme les autres au lieu de trouver notre propre voix.

Parce que quand on est différent, quand on fait quelque chose un petit peu champ gauche, les algorithmes ne proposent même plus notre contenu aux gens qui ont accepté de nous suivre. Et qui aimeraient ça, voir du contenu champ gauche!

Ces temps-ci, je passe mes journées à mettre à jour mes vieux billets pour prouver mon expertise et mes expériences personnelles, dans l’espoir qu’un jour mon site web apparaisse de nouveau dans les résultats de recherche (mais soyons honnêtes, le nombre de gens qui visitent des sites et rendu quasi nul, entre les overviews et l’intelligence artificielle).

Je fais ce que je pense que des algorithmes veulent, parce que ça me saoule d’essayer de créer des affaires hot et originales pour ma communauté et que… ça passe dans le beurre.

Avant, je faisais des mises à jour quand je croyais que c’était pertinent ou nécessaire de le faire. Maintenant, je le fais pour essayer de plaire à une machine. 

La mise en scène des médias sociaux

Moi aux tulipes
CECI EST UNE MISE EN SCÈNE

Je suis tombée hier sur une publication Instagram d’Une maman végane, Marie-Michelle Chouinard, où elle explique qu’elle fait un retour aux études pour changer de carrière complètement.

Dans sa publication, elle écrit :

Depuis qu’Instagram est devenu une plateforme vidéo, mon étincelle est partie en même temps. C’est devenu trop challengeant pour moi. Je suis créatrice de recettes. Je ne veux pas être vidéographe. Et me mettre à 56 plateformes en travaillant plus de 50 heures par semaine, c’est un non assuré pour moi.

Ça m’a fait beaucoup réfléchir.

On fait de la vidéo, parce que… Instagram veut de la vidéo. J’ai sondé ma communauté : vous ne voulez pas exclusivement de la vidéo. Vous me suivez justement, parce que j’écris.

Mais si je vous écoute… vous ne voyez pas mon contenu.

Et honnêtement? Je n’ai pas envie de devenir actrice. Mais si je me fie au contenu qu’on me sert, c’est la seule option. Pire encore? J’aime ça, une vidéo funny de temps en temps… mais je suis TELLEMENT TANNÉE DE NE VOIR QUE DES VIDÉOS.

En plus, en ce moment, pour essayer de vivre de mon travail, je dois être présente de façon excessive sur les médias sociaux. Je n’ai pas réussi à retrouver la publication, mais j’ai aussi vu un post Instagram où quelqu’un qui a un demi-million d’abonnés (!) disait qu’il allait publier maximum une fois par jour à partir de maintenant, parce que les algorithmes étaient rendus trop gourmands et qu’il voulait les combattre.

Avant d’être maman, j’acceptais de faire une certaine mise en scène de ma vie, de prendre des photos de mes soupers, de prendre des vidéos dans ma vie privée afin de les utiliser dans mes contenus.

Mais, maintenant que j’ai une famille, maintenant que j’ai une fille que je ne veux pas exposer… je ne veux plus partager ma propre vie sur les médias sociaux.

Et j’avoue que je commence à avoir un plus en plus gros malaise éthique à être aussi présente sur les médias sociaux.

Je crois que Meta est une compagnie particulièrement evil.

Ils ne veulent pas partager leurs profits avec les créateurs qui leur permettent de faire des milliards au point de ne plus laisser les grands médias être présents. Faut le faire, pareil.

Comme avec mon site, je ne partage plus des choses que je crois que mon audience va vouloir : je partage ce que je pense que l’algorithme va vouloir, parce que, comme je l’ai mentionné plus haut, si je partage ce que je pense que les gens veulent voir… ce n’est pas vu (le nombre de fois qu’on m’a dit « bin voyons, je n’ai pas vu ça passer?! »… insane)

Il faut que je pense à l’algorithme avant les humains et ça, ça me rend complètement dingue.

L’exode des créateurs

Plusieurs copies de Allô, job de rêve!

À travers toute cette réflexion, je pense aussi beaucoup à PL Cloutier, que j’ai interviewé pour mon livre Allô, job de rêve! et qui, lui aussi, a entamé un changement de carrière en étudiant pour devenir courtier immobilier.

Lors de notre entrevue, il m’a dit que sa passion était de créer des communautés, pas de faire de la publicité à temps plein. Qu’il acceptait que faire de la publicité pour des entreprises fait partie du travail, mais qu’il ne voulait pas faire JUSTE ça.

Récemment, il a aussi mentionné que les budgets publicitaires sont de plus en plus dilués.

Et je pense qu’en devenant plus accessible, le métier de créateur a aussi… mené à sa perte. 

Les gens qui font de la création de nos jours le font souvent par passion, les soirs et la fin de semaine. Ils sont heureux si ça peut leur permettre de gagner un p’tit 100$ ici et là, mais ils le font surtout gratuitement. Ils livrent une vidéo léchée contre 25$ de produits.

Ça fait que des gens, comme moi, qui tentent de gagner un salaire en travaillant sur le web, se retrouvent à rusher financièrement, car notre travail est totalement dévalué.

Aujourd’hui, pour avoir un site web, il faut porter 80 000 chapeaux.

J’AIME porter plusieurs chapeaux, mais là, il y a des chapeaux que je ne veux plus porter. Et je veux être payée, si je suis pour travailler autant.

Surtout, j’ai l’impression que d’être présente sur internet en ce moment, c’est rendu principalement du marketing. Ce n’est plus informer.

Et moi, ma formation, elle est en journalisme. Ce que j’aime faire, mon talent, c’est informer.

Quoi faire à partir de maintenant?

Moi en conférence
Ce que je veux faire en 2026 : sortir des algorithmes et donner des conférences!

Il y a quelques semaines, j’ai postulé pour un poste à temps plein aux communications, dans la ville où j’habite.

J’espérais vraiment l’avoir. J’étais plus que qualifiée pour le faire. Je n’ai même pas eu une entrevue.

C’est dur pour l’égo.

Et je me rends compte que cet emploi me tentait autant, car j’ai l’impression qu’au municipal, l’objectif est plus d’informer les citoyens que de battre des algorithmes.

Je veux revenir à ce qu’était internet quand j’ai commencé : un lieu où je pouvais aider, sans avoir à penser aux algorithmes 24/7.

Ce que j’aimais de mon travail, c’est aider les gens. Partager des coups de coeur, oui, mais pas nécessairement tout partager de ma vie personnelle.

J’aimerais partager des apprentissages, des trucs, sans toujours revenir à moi, moi, moi. Ce n’est plus possible aujourd’hui, du moins, ce n’est plus possible de la même façon.

Je ne veux pas me filmer en train de faire un gâteau, ou tourner de longs rants dans mon auto. 

Bref, je regarde ce que j’ai envie de faire : informer, aider. Quelles sont mes compétences? Écrire, vulgariser. Mes projets du moment? Les rénos, l’entretien de la maison, le jardinage.

On dirait que la seule possibilité pour marier tout ça, ce serait de faire du contenu commandité, de promouvoir les produits que j’utilise et j’aime déjà. Je ne déteste pas l’idée. Mais je n’ai plus le reach que j’avais sur les médias sociaux, pour toutes les raisons que je viens d’énumérer.

Et il y a sûrement quelqu’un qui va accepter de le faire gratuitement, alors… where does that leave me?

Un commentaire sur “Je ne veux plus travailler

  1. Sylvain Gingras-Demers dit :

    Allo Béatrice,

    Ton texte résonne beaucoup avec moi.

    Je te suis probablement depuis une dizaine d’années, le temps passe si vite. J’ai également mon propre blogue, un peu délaissé ces temps-ci : je passe plus de temps avec mon jeune enfant, et je suis davantage impliqué dans ma carrière, où je gère les médias sociaux d’une grande organisation gouvernementale et je réalise des productions audiovisuelles également.

    Là où je te rejoins, c’est qu’il est effectivement de plus en plus difficile de suivre les auteurs qu’on apprécie via les canaux « faciles », le SEO et les médias sociaux. On peut encore y arriver, mais ça passe par les infolettres ou, d’une autre manière, via les flux RSS. Ça trahit mon âge, j’en conviens. C’est d’ailleurs mon Feedly qui m’a acheminé ton article.

    Ce qui est dommage dans tout ça, c’est que les blogueurs bloguent moins, si bien que je me retrouve moi aussi à consommer de la vidéo un peu tout le temps, partout. Mais vous n’êtes pas toutes et tous vidéastes, et tenter de monétiser du contenu vidéo, que ce soit via les plateformes ou les partenariats, est de toute façon extrêmement énergivore.

    Sache en tout cas qu’il te reste un lectorat fidèle, non algorithmique, qui apprécie sincèrement te lire ici.

    Au plaisir !

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