Souvent, des gens me disent que je suis courageuse d’être travailleuse autonome et ça m’embête pas mal.

Pour moi, c’est avoir un employeur qui est brave!

Plus jeune, j’ai travaillé au IGA (j’ai quitté après une tendinite), chez Souris Mini (on m’a fortement encouragée de démissionner) et chez Simons (j’ai été mise à la porte), entre autres.

Par la suite, les emplois que j’ai eus avaient des horaires irréguliers, des tâches variées et on me donnait des responsabilités qui correspondaient à mes forces.

Quand j’ai terminé l’université, je pensais que je ferais « comme tout le monde », que je trouverais une « vraie » job, que j’entrerais dans le moule.

Sauf qu’au même moment où une opportunité s’est offerte à moi, mon frère est décédé (à trois semaines d’intervalle, pour être exacte), ce qui m’a forcée à me questionner sur à peu près tout.

La vie, les responsabilités, les jobs, l’argent, les priorités, etc.

Et une des réalisations que j’ai faite est que je ne suis pas faite pour un environnement corporatif, sérieux, straight, avec un horaire régulier. Je suis faite pour être travailleuse autonome.

Ceci étant dit, être pigiste n’est PAS pour tout le monde. Voici quelques pistes pour t’aider à déterminer si ça t’offre plus d’avantages qu’être salariée.

Mes conseils ne sont pas fiscaux ou comptables. Je traite de mon expérience personnelle. En cas de doute, consulte une professionnelle.

Pourquoi veux-tu quitter ton emploi actuel?

Capture d'écran exercice des Pour et des Contre

Premièrement, tu dois te poser cette grande question!

Quand j’ai eu à choisir de quitter un emploi 9 à 5 avec un salaire stable afin de travailler à mon compte, peu d’exercices m’ont autant aidée qu’un simple tableau me permettant de comparer le pour et le contre de cette décision.

Quels sont les avantages d’être travailleuse autonome comparés à ceux d’être salariée?

  • Est-ce que ton horaire actuel est positif ou négatif à tes yeux?
  • Est-ce que travailler sans collègues bavards te semble comme un cadeau du ciel?
  • Es-tu satisfaite de ton salaire actuel?
  • Est-ce que tu sais déjà que tu aurais des clients en partant à ton compte?
  • Est-ce que tu as mal au cœur juste à penser devoir t’enregistrer aux taxes?

À toi de déterminer quelles sont tes valeurs, tes priorités, tes forces et tes faiblesses pour décider du meilleur choix pour toi. Et assure-toi de ne pas laisser le côté « fun » ou « glamour » troubler ton jugement.

Plusieurs jobs sont associées à un certain prestige, mais ça ne veut pas dire qu’elles sont faciles! 

Le but de cet exercice est de mettre par écrit, de la façon la plus objective possible, une décision qui ne pourrait être plus subjective! 

Lorsque tu verras tous les avantages et désavantages associés à chacun des choix qui s’offrent à toi, ce sera beaucoup plus simple de prendre une décision éclairée.

Psst! Lis jusqu’à la fin pour découvrir ma trousse de départ pour future pigiste, d’où cette grille est tirée.

Es-tu capable de gérer ton propre horaire?

Personne qui prend des notes

Premièrement, quand tu travailles à ton compte, il n’y a pas de règles préétablies. Tu dois gérer ton propre horaire. Ça peut sembler simple, mais ce ne l’est pas nécessairement!

Perso, je ne peux pas être 100% productive du lundi au vendredi, de 9h à 17h. Et ça m’a pris des années pour comprendre ça.

J’ai un système qui peut sembler intense, mais qui me permet de prévoir le temps nécessaire pour réaliser tous mes mandats – et avoir du temps libre.

Le vendredi, je note tout ce que j’ai à faire la semaine suivante. Puis, à la fin de la journée, je note mes tâches précises pour la journée suivante (5 tâches maximum).

À la fin de la semaine, j’écris ce que j’ai RÉELLEMENT fait (spoiler : ce n’est jamais ce qui était indiqué en début de semaine!). À la fin du mois, je liste ce que j’ai accompli au cours des 30 derniers jours.

Ça me permet de voir le travail accompli et de comparer cela à mes entrées d’argent, pour voir si mon temps est bien investi. Si ce n’est pas le cas, c’est plus facile de voir où j’ai fait des erreurs, car j’ai des traces.

Prévoir assez de temps pour tous ses clients et pour toutes les tâches connexes liées au fait d’être pigiste sans sacrifier sa vie personnelle, ce n’est définitivement pas aussi facile qu’on pourrait le croire.

Es-tu capable d’arrêter de travailler?

Moi dans le Bas-Saint-Laurent

Voyager ❤️

À l’inverse, vas-tu être capable d’arrêter de travailler pour passer du temps avec ta famille et tes amis, s’il n’y a pas d’heure de fin préétablie, ou tu risques de travailler les soirs et les weekends, au détriment de ta vie personnelle? N’oublie pas que tu n’auras pas deux semaines de congé payé!

Seras-tu aussi capable de prendre des journées de congé maladie en sachant que celles-ci ne sont pas payées non plus?

Quand tu commences à travailler à ton compte, parfois, les entrées d’argent sont VRAIMENT rares, alors il est tentant de dire « je vais travailler plus, donc je vais faire plus d’argent ».

C’est un bon raisonnement, mais ça ne marchera pas nécessairement.

Après un certain nombre d’heures, ton cerveau ne voudra tout simplement plus travailler. Tu vas mal le faire, produire des trucs que tu ne voudras jamais remettre à un client et devoir repasser par-dessus après. C’est du temps perdu.

C’est malsain de travailler tout le temps, même si tu aimes passionnément ton travail. 

Peut-être que tu n’as pas besoin d’un weekend traditionnel de deux jours, peut-être que tu peux travailler tard le soir sans souci, mais tu dois inclure des pauses quelque part.

De mon côté, à moins de cas de force majeure, je termine de travailler à 18h maximum et je ne travaille pas la fin de semaine. Si je travaille trop tard, mon sommeil sera affecté (et donc, ma productivité).

Quand es-tu le plus productive?

Personne qui travaille à l'ordi

Dans la vie, on glorifie beaucoup le multitasking. Pourtant, c’est à peu près la pire chose au monde.

Puisqu’en étant pigiste, tu dois t’autogérer, tu dois réellement apprendre à comprendre la productivité et comment elle peut être maximisée.

C’est pour ça que j’ai développé mon horaire super détaillé, par écrit. Comme dit ma BFF Marie Forleo (dans mes rêves) : if it’s not scheduled, it’s not real. Si ce n’est pas à l’horaire, ce n’est pas réel. 

Je sais que le matin, mon cerveau travaille d’une façon différente que l’après-midi. Que je suis moins productive le vendredi que le lundi.

Je sais que si je cours de meeting en meeting la moitié de la journée, je vais avoir besoin de temps pour revenir dans ma « zone » et je risque donc d’être moins productive.

Je sais que si je vais travailler dans un café avec une amie, je dois prévoir des tâches assez légères, car ma concentration ne sera pas optimale.

Pour développer ces connaissances, il faut faire des essais-erreurs.

Mais ça permet de savoir où et comment concentrer ton temps et ton énergie, pour ne pas travailler dans le vide.

Dans mon cas, j’essaie de suivre un horaire ressemblant à cela :

  • Me donner des tâches spécifiques selon le jour de la semaine (ex. : je fais de la facturation le vendredi seulement)
  • Je bouge tous les jours – le matin, à la mi-journée et à la fin de la journée. Des p’tits 15-20 minutes qui font toute la différence!
  • Je m’habille TOUS LES JOURS! Surtout si j’ai des tâches plus importantes – je suis plus productive en vêtements qu’en mou
  • Je consacre 30 minutes à mon « éducation professionnelle » tous les jours, sans exception
  • Je travaille en batchs de 20 minutes, puis je m’accorde une pause de 5-10 minutes (et j’utilise une minuterie).

Es-tu prête à faire « toute autre tâche connexe »?

Travail au centre communautaire d'El Transito

Bon, assez parlé de la gestion d’horaire!

Quand tu fais du 9 à 5 (disons qu’on oublie les heures supplémentaires), tu es payée pour tes 35 ou 40 heures, peu importe ce que tu fais, peu importe ta productivité.

Quand tu travailles à ton compte, tu as des responsabilités que tu n’as pas lorsque tu travailles en entreprise. Tu réaliseras bien vite que plusieurs des tâches qui nécessitent le plus de temps… ne génèrent aucun revenu direct.

Et, en plus de cela, plusieurs de celles-ci coûtent même parfois de l’argent!

Tu dois démarcher pour obtenir des clients. Facturer. Faire des suivis. Penser à des questions légales. Imaginer de nouveaux projets. Gérer tes finances (il y a tant de choses à considérer!) et plein d’autres tâches connexes.

Si tu ne fais que travailler sur tes mandats en cours, tu vas éventuellement te retrouver sans aucun projet à venir – et donc, aucune entrée d’argent prévue. Tu dois donc toujours être on, regarder ce qui s’en vient et prévoir en conséquence.

Comme je l’ai mentionné plus haut, je consacre 30 minutes tous les jours à mon éducation professionnelle.

Au lieu de sauter sur tous les articles et vidéos qui semblent intéressants, j’ai bâti une liste de ressources et je m’y attarde tous les jours.

Les sujets sont variés, allant de l’optimisation des médias sociaux pour les blogueurs, à la meilleure façon d’approcher des clients qui sont en retard sur leurs paiements, à des idées pour créer des revenus passifs et j’en passe.

Ensuite, je prends une heure pour travailler sur le back end de mon entreprise et faire des tâches qui ne sont pas importantes pour personne sauf moi.

Mieux organiser mon calendrier éditorial de blogue. Améliorer mon système de facturation. Automatiser certaines actions que je faisais manuellement. Me renseigner au sujet d’associations professionnelles, d’assurances.

Et j’en passe.

Cette heure et demie, je l’investis sur moi-même, avec l’objectif qu’elle m’aidera à moyen long terme.

C’est dur, des fois, quand il y a des projets urgents, mais il est important de te garder un certain temps pour travailler à améliorer ton entreprise et tes conditions de travail, pas juste être en mode réaction.

Es-tu prête à accepter les entrées d’argent incertaines?

C’est souvent un sujet qui intrigue les gens. « Arrives-tu à bien vivre en travaillant à ton compte? » Oui, mais…

Chaque situation est différente.

Voici ma petite histoire :

  • 2010 : je termine l’université avec un BAC, double majeure : journalisme télé & sciences politiques. Et aucune idée de ce que je vais faire avec ça. J’ai une job à temps partiel en promo.
  • 2011 : une amie de la job me parle d’une amie à elle qui offre un stage en médias sociaux. J’ai l’impression que ces connaissances vont m’aider à trouver une « vraie » job, donc je postule. Je reçois une offre de job à la fin du stage, que j’accepte… avant de réaliser que ce n’est pas pour moi. Je continue à cumuler les jobines en promo et en télé. En décembre, on m’offre une « vraie » job sur un plateau d’argent. 
  • 2012 : ma première année en tant que vraie adulte! Je fais enfin un salaire qui me permet de vivre… mais je déteste ça. En septembre, j’ai une porte de sortie, je la prends.
  • 2013 : je réalise un rêve en partant six mois en Australieet je reviens super endettée. Je cumule les jobines, mais ça ne me permet pas de bien vivre. À l’hiver, j’accepte un poste au salaire minimum pour joindre les deux bouts.
  • 2014 : grâce à l’amie qui m’avait offert le poste-accepté-puis-quitté-en-deux-mois en 2011, j’obtiens un poste à temps plein pendant environ six mois et je cumule les jobines le reste de l’année. Je finis l’année avec un salaire so-so.
  • 2015 : je réalise (enfin!) que si je veux réussir à mon compte, je ne dois pas attendre après les clients, je dois créer mes propres opportunités. Je finis l’année avec un salaire de misère, mais une meilleure idée de ce que je veux faire.
  • 2016 : dans le but de m’aider à réaliser mes projets, je fais un cours en entrepreneuriat. J’ouvre ma boutique en ligne. Je précise mon offre de service. Mais je finis encore l’année avec un salaire de misère.
  • 2017 : LES CHOSES SE PASSENT! Je double mon revenu de l’année précédente, pour ENFIN arriver dans la ~classe moyenne~. Mais je travaille beaucoup trop et je termine l’année épuisée.

Bref, ça m’aura pris sept ans pour arriver à un revenu que je trouve convenable… MAIS je n’avais AUCUN plan en me lançant à mon compte, ce qui a certainement retardé le processus de beaucoup. Ma priorité était mon bonheur, pas mon compte en banque, et ça reste le cas.

Si tu as un plan, tu pourrais faire l’équivalent de ton salaire actuel dès ta première année à la pige.

Je connais plusieurs personnes qui l’ont fait ou qui ont même dépassé leur ancien salaire très rapidement. Mais juste pour être certaine… tu devrais te lancer avec des économies, pour éviter de te retrouver dans la même situation que moi.

Évalue où se situe ton seuil de gestion du risque.

Cela étant dit, ne panique pas avec ça. Sans être inutilement négative, les dernières années ont prouvé que même les emplois « sécures » ne le sont pas toujours et qu’une restructuration peut arriver presque n’importe quand, dans n’importe quelle entreprise.

Peut-être que, comme moi, tu te sentiras plus en sécurité en sachant que tu contrôles à 100% tes sources de revenus et que tu peux diversifier celles-ci pour t’éviter de mauvaises surprises.

Nous avons toutes besoin d’un salaire annuel minimum différent pour vivre un style de vie qui nous plait. Mais quand tu te lances à ton compte, tu dois être consciente des risques et des responsabilités. Fais un budget.

Quel est ton worst-case scenario?

Moi au Salon du livre d'Edmundston

J’ai souvent dit à la semi-blague que le pire qui pouvait m’arriver, c’est que je doive travailler chez McDonald’s quelques mois. J’ai travaillé au salaire minimum en 2013 et ça ne me dérangerait pas de le faire de nouveau.

Je suis locataire, célibataire, sans enfants et sans dette. Mon entreprise est 100% virtuelle et mes dépenses sont minimes. Je pourrais fermer boutique demain matin et passer à un autre appel.

Lorsque tu prends la décision de te lancer à ton compte, même si ça peut sembler défaitiste, c’est super important de déterminer ton worst-case scenario. Si ton idée plante royalement, c’est quoi le pire qui pourrait arriver?

Et simplement… qu’est-ce qui arriverait si tu quittais ton emploi actuel? 

Assure-toi de bien penser à ces questions. Ce n’est pas à prendre à la légère. Regarde tes revenus, tes dépenses et tes responsabilités et analyse la situation.

J’offre un aide-mémoire pour travailleuses autonomes sur la boutique, qui est ma façon à moi de rester organisée financièrement.

Certaines préfèrent des logiciels, d’autres des fichiers Excel. L’important n’est pas tant le système utilisé, mais plutôt d’en avoir un. Même si c’est plate.

Alors, est-ce pour toi?

Mon bureau à la maison

Il y a énormément de questions à se poser avant de décider de devenir travailleuse autonome, surtout si ça signifie quitter un emploi avec un salaire fixe et des avantages sociaux.

Ce billet aurait facilement pu être 2x plus long. Je n’ai même pas parlé de trucs super importants, comme déterminer son salaire horaire, créer un contrat pour travailler avec des clients, où travailler (à la maison ou dans un bureau loué?) et j’en passe. 

Alors… comment te sens-tu après avoir lu ces questions et pistes de réflexion? Motivée ou découragée? Es-tu prête à faire le travail? Valider ton idée? Analyser son réalisme financier? Te renseigner au sujet des lois et règlements? Voir si tu peux gérer ton horaire pour assurer ton succès?

Je souhaite que ce soit le cas! Travailler pour soi-même donne une liberté incroyable. C’est tellement concret de donner vie à ses propres projets!

Mais si tu réalises que tu ferais peut-être mieux garder ton emploi actuel encore quelque temps (ou pour toujours), c’est parfait aussi!

Trousse de départ pour future pigiste

Tu veux continuer ta réflexion? Sur la boutique, je propose une trousse de départ pour future pigiste qui t’aidera à naviguer la grande décision qu’est le fait de te lancer à la pige.

Tu as d’autres questionnements sur la vie de travailleuse autonome? J’ai regroupé tous mes billets sur ce sujet ici!

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Image pour Pinterest : avantages et inconvénients du travail autonome

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