Quand j’ai interviewé Jean-Sébastien Pilotte, l’auteur de l’excellent livre La retraite à 40 ans*, j’ai complètement oublié de lui poser une question, qui m’est toujours restée en tête. 

Aurait-il gardé son objectif FIRE si ses circonstances personnelles avaient changé? 

Alors, lorsque j’ai rencontré Mel du blogue Modest Millionnaires et qu’elle m’a parlé de son changement d’objectif de FIRE à Coast FI, je lui ai rapidement demandé si je pouvais lui jaser de sa vision de l’indépendance financière et de la retraite hâtive et pourquoi celle-ci avait changé.

Voici ce qu’elle avait à dire!

Qu’est-ce que le mouvement Coast FI?

Coucher de soleil à El Transito

En plus du mouvement FIRE, il existe de nombreuses variantes pour les gens qui visent l’indépendance financière, mais qui ne veulent pas nécessairement suivre un parcours plus « extrême ». Parmi ceux-ci, Coast FI et Slow FI sont deux mots qui reviennent souvent.

Sur son site web, Mel de Modest Millionaires définit le Coast FI comme un mouvement qui « consiste à couvrir seulement ses dépenses annuelles tout en laissant ses investissements croître grâce à la magie de l’intérêt composé. Puisque les gens sur la trajectoire de l’indépendance financière épargnent souvent une grande partie de leur salaire, passer vers un cheminement Coast FI [permet généralement de] réduire significativement ses heures de travail. » 

Atteindre le Coast FI signifie que tu as suffisamment d’argent et de temps pour que ton portefeuille atteigne la taille dont tu as besoin à la retraite, mais que tu dois continuer à générer des revenus pour couvrir tes besoins dans l’immédiat.

Quant à lui, le mouvement FIRE (un acronyme anglophone signifiant « Financial Independence, Retire Early ») vise l’indépendance financière le plus tôt possible (souvent vers le début de la quarantaine).

C’est subtil, comme différence, mais le Coast FI est moins rigide et restrictif, du moins, pendant un certain temps.

Une fois l’objectif Coast FI atteint, tu peux réduire ton salaire du pourcentage que tu épargnais avant, ce qui pourrait signifier une très grande baisse des heures travaillées aussi.

Bien honnêtement, avant de commencer la rédaction de ce billet, je croyais que Coast FI et Slow FI étaient des synonymes, mais ce n’est pas tout à fait le cas. Slow FI se réfère plutôt à la philosophie, à une façon de penser : tu vises le bonheur et l’équilibre, tout en étant financièrement responsable.

D’une certaine façon, une grande partie de la population vit donc le « Slow FI », sans nécessairement y donner un nom. Ceux qui promeuvent le Slow FI ont cependant un plan beaucoup plus concret que « épargner pour la retraite » et savent ce qu’ils doivent faire pour atteindre l’indépendance financière et quand ils le feront, même si c’est fait sans hâte.

Ça a du sens?

Le parcours FIRE / Coast FI de Modest Millionaires

Vue du centre-ville de Montréal

Comme plusieurs, Mel a découvert le mouvement FIRE grâce à Mr. Money Moustache.

Si elle a été privilégiée de découvrir ce mouvement tôt dans la vie, alors qu’elle terminait de rembourser ses dettes d’études, qu’elle avait un emploi au gouvernement (qui ne lui plaisait cependant pas) et qu’elle n’avait pas d’enfants, ça n’a pas été si simple, car son conjoint ne partageait pas son enthousiasme.

Malgré cela, elle a fait un plan sur 15 ans en se fiant sur ses dépenses du moment et avec l’idée d’économiser 40 à 60% de ses revenus pour prendre une retraite anticipée et d’utiliser le montant qu’elle payait en remboursement de dettes pour acheter un condo.

Avec ses dettes, « j’avais un style de vie qui ressemblait au style de vie étudiant, j’avais déjà l’habitude de mettre toutes mes augmentations de salaire sur mon remboursement de dettes, je n’ai jamais vécu d’inflation du coût de la vie, » explique-t-elle.

Une très bonne habitude, car les dépenses ont tendance à suivre de très près les augmentations salariales pour une grande partie de la population.

Lorsqu’elle a eu son premier enfant, en 2014, son conjoint a alors embarqué, choqué de n’avoir eu qu’une semaine de congé avec son nouveau-né. « Pour lui, l’objectif n’était pas nécessairement de quitter son emploi, c’était d’avoir la flexibilité de le faire au besoin. »

« Ça nous a emmenés à faire un plan, à définir notre pourquoi et à planifier notre cheminement. Là, on avait des enfants. Moi, je voulais qu’ils passent l’été avec moi. Au gouvernement, on peut prendre cinq semaines de congé sans solde. C’était notre idée de base, la pandémie est venue plus tard… »

Je reviendrai d’ailleurs plus bas sur les changements de circonstances de vie qui ont aidé Mel à réviser ses objectifs en cours de route. 

Selon elle, le plus important lors de sa décision de viser le FIRE, puis lorsque son conjoint a embarqué dans l’aventure, était de se questionner sur les raisons d’un tel choix. « Pourquoi est-ce qu’on s’aligne vers l’indépendance financière? Qu’est-ce que ça nous apporte? Pour moi, l’important était la famille, voyager, et on ne voulait pas sacrifier ça, même pendant le cheminement. »

Pour cela, elle a mis des coûts sur ses envies afin de mieux quantifier ses objectifs et leur réalisme. « Ça nous donnait des points de repère, de dire, ah, voilà combien ça coûte, voyager avec toute la famille. »

Et comment son intérêt au sujet du mouvement FIRE a-t-il été perçu autour d’elle? « Au départ, je trouvais que [les gens autour de moi] étaient plus sur la défensive. Maintenant que j’ai fait le saut, les gens sont plus positifs, ils ont vu les résultats […], mais j’ai atteint un peu un point où je me fous de l’opinion des gens. »

Il faut dire qu’elle est très transparente sur son site web, partageant des données très détaillées sur ses dépenses et son style de vie.

Elle reconnaît son privilège d’avoir découvert ce mode de vie à un moment opportun. 

« Au début de mon cheminement [contrairement à aujourd’hui], avec le coût des maisons, par exemple, je ne prendrais pas les mêmes décisions. C’est correct de se comparer pour se donner un peu d’espoir, pour voir que la formule fonctionne, que la progression fonctionne, mais tu dois quand même te remettre dans ton actualité, et un move qui a été bon en 2010, comme acheter un condo pas cher, quand même tôt dans mon cheminement, je ne le ferais pas aujourd’hui! »

Pourquoi Mel a quitté le mouvement FIRE

Bureaux avec vue sur l'extérieur au Backbone à Bromont

Si je n’ai jamais été adepte du mouvement FIRE, croyant plutôt au « vivre maintenant », c’est entre autres parce que mon frère est décédé alors qu’il avait 18 ans.

J’ai toujours eu de la difficulté à couper dans ma qualité de vie actuelle pour un futur qui n’est pas garanti.

Malheureusement, ce sont souvent des tragédies qui moulent notre vision de la vie, et c’est entre autres le cancer d’un proche de la famille qui a fait que Mel et sa famille ont modifié leur objectif pour plutôt miser sur le Coast FI.

Mel avait déjà décidé de prendre une année sabbatique de son emploi, ayant de la difficulté à jongler avec ses responsabilités professionnelles, son blogue et son service d’accompagnement financier tout en gardant son accent sur sa famille, surtout avec la pandémie.

« Mes enfants payaient le coût que je travaille en même temps, je devais m’occuper d’eux à 100%. Déjà, ça, ça a été un gros choc où je me suis dit ‘Ça ne fonctionne plus et ce n’est pas grave d’aller moins vite sur ma trajectoire, je peux prendre mon temps’. »

Elle n’est donc jamais retournée au boulot après sa sabbatique. « [Dès les premiers mois], un proche de la famille de 35 ans qui avait un enfant d’un an a reçu un diagnostic de cancer terminal, ça a été un gros choc. Ça m’a fait réaliser qu’on va toujours avoir des questionnements, ne pas savoir c’est quoi la bonne chose à faire, c’est plus important de s’aligner le plus possible selon nos valeurs. »

Cette décision n’a pas été prise à la légère, entre autres, car elle juge qu’elle avait des golden handcuffs (les avantages fournis par un employeur qui rendent le départ plus difficile) et qu’elle a dû retirer son argent de sa pension liée au travail et ses investissements. 

« Dans la première année, j’ai retiré un peu de mes investissements, mais je retire toujours en bas de 2% de mon actif d’investissement et je vise que mon entreprise couvre la moitié ou plus de mes dépenses. » Des calculs importants à faire, car elle est responsable de 50% des dépenses de sa famille. 

Maintenant, elle travaille environ 20 heures par semaine et prend une pause l’été. « Je me suis forcée à réduire pour avoir le plus de flexibilité possible. »

Elle vise maintenant l’atteinte du FIRE complet vers la mi-quarantaine, ayant envie de passer les 10 prochaines années à travailler sur son service d’accompagnement financier qui la passionne, contrairement à l’emploi qu’elle occupait précédemment.

Combien de temps dédier à ses finances pour espérer une retraite hâtive?

calculatrice devant ordi

J’entends déjà le pushback.

« Oui, mais moi, je ne pourrais pas… » « Elle doit toujours compter ses cennes noires… » « Je n’ai pas envie de passer mes journées à budgéter… »

À ma grande surprise, Mel m’a dit que pour arriver à gérer ses finances assez strictement pour viser le FIRE, puis le Coast FI, elle ne passe pas ses semaines dans des fichiers Excel.

« La première habitude à prendre est de faire le suivi de ses dépenses. » En effet, difficile de voir comment réduire ses dépenses (ou si tu devrais augmenter tes revenus) sans faire face aux vrais chiffres.

Il existe énormément de façons de faire. Perso, je recommande de simplement lister toutes toutes toutes tes dépenses pendant un mois pour avoir un portrait réaliste de ta situation. Tu peux aussi utiliser un outil comme Plan de match, que j’offre sur ma boutique, si tu veux faire cet exercice en continu.

De son côté, Mel utilise Mint pour catégoriser ses dépenses et, à la fin du mois, rentre cette information dans un tableau Excel pour avoir une vue d’ensemble de son année.

Et le temps nécessaire? Une heure par mois, par plus. « Je regarde les comptes-chèques, voir si tout a été comptabilisé, mais une fois que l’habitude est en place et que tu le fais de façon régulière, ça prend à peu près une heure par mois. Tu peux ajouter à ça une heure de planification aux trois mois. »

Et si tu as ENVIE de dédier plus de temps à tes finances, tu peux le faire!

« Moi, je suis une grosse planner, j’adore les révisions annuelles et me donner des objectifs, j’y mets peut-être trois heures par année, si ce n’est pas plus cinq heures! »

Finalement, si tu es en couple, c’est important de discuter de tes objectifs. « Moi et mon conjoint, on fait un plan de cinq ans et chaque année on le révise, on regarde qu’est-ce qu’on a atteint, puis on planifie les prochaines années, les rénos à venir, c’est quoi les voyages qu’on veut faire, on met des prix à ça et planifie ça dans notre année. On voit combien on a besoin d’économiser pour subvenir à nos besoins pour l’année à venir. »

Le concept du f*** you money 

pile d'argent

Un truc qui est revenu à quelques reprises dans ma discussion avec Mel, c’est le concept du f*** you money.

L’indépendance financière, c’est une façon d’obtenir l’indépendance, point. Et c’est particulièrement important pour les femmes. Cet article en anglais, au sujet d’un fuck-off fund, démontre bien pourquoi.

Bref, que tu vises FIRE, Coast FI, que tu aies enfin trois mois de salaire de côté ou que tu travailles encore sur un premier 1000$ à mettre dans un compte pour les urgences, le but reste toujours que tu aies une porte de sortie, surtout si tu dois quitter une situation difficile, que ce soit dans ta vie personnelle ou professionnelle.

Il n’y a pas de formule magique pour déterminer combien tu dois mettre de côté, quelle stratégie est la meilleure pour toi. « L’équation est la même pour tout le monde, tu dois regarder où tu es en ce moment, te demander quels sont tes objectifs, puis regarder l’écart entre les deux. Tu dois calculer combien ça coûte annuellement, voir où tu en es financièrement. Avec ces deux choses-là, tu connaîtras ton point de départ. »

« Tu dois connaître la différence entre tes revenus et tes dépenses ». Faire un budget, bref.

Puis, selon tes envies, selon tes objectifs, selon ce qui est réaliste pour toi, la solution peut être « de réduire tes dépenses, d’augmenter tes revenus, ou ça peut être les deux en même temps. »

« Ensuite, il faut regarder la qualité de vie. Qu’est-ce qui me rend heureuse, qu’est-ce qui va rendre ça soutenable à long terme? C’est pas du jour au lendemain dire, je vais réduire mes dépenses de 30%, ça ne sera pas soutenable, c’est trop drastique. »

Selon Mel, et je suis bien d’accord avec elle, la solution n’est pas tant financière, mais plutôt au niveau des habitudes. « Je crois beaucoup au développement d’habitudes, de regarder ses comportements, c’est pour ça qu’on fait le suivi de dépenses dans le fond. »

Elle donne l’exemple de quelqu’un qui prévoit travailler plus pour gagner le salaire associé à l’overtime. Difficile d’avoir plus gagnant que ça, non? Pourtant « les gens travaillent comme des fous parce qu’ils se disent qu’ils veulent épargner, mais ils finissent parfois par dépenser plus en fast food, en divertissement, parce qu’ils n’ont plus le temps de cuisiner, ils sont épuisés, n’ont plus le temps de s’entrainer… »

Bref, le f*** you money, selon elle, c’est le moment où tu as assez d’argent de côté pour prendre des décisions sans craindre une jambette financière.

« C’est quand j’ai la capacité de faire un changement de carrière, même si je n’ai pas de job d’enlignée, de dire, OK, ça me prend un an d’économies, parce que je veux m’assurer de me donner le temps si c’est plus long de trouver quelque chose… ça peut varier d’une personne à l’autre. »

Dans un contexte d’indépendance financière, c’est donc l’une des premières étapes, car « ça permet de penser à différentes options de travail, à la semi-retraite qui suit, à du travail saisonnier… »

Où suivre Modest Millionnaires

ordinateur et cahier de notes

Si le mouvement Coast FI t’intéresse, tu peux suivre le parcours de Mel sur son blogue, Modest Millionnaires ainsi que sur sa page Facebook.

Elle offre aussi un service d’accompagnement financier. Le coaching est différent du service offert par une planificatrice ou une conseillère financière et peut être la première étape si tu ne sais pas par où commencer ou si tu es trop intimidée.

« Je fais un accompagnement pour faire tout ce qui est de mettre en place les habitudes, le tracking, la planification, réviser où est-ce que tu en es financièrement, le côté éducatif, je peux parler de stratégies, mais je ne vais pas dire la façon de faire. Je peux partager des ressources qui vont aider. »

Si certains de ses clients font de l’autogestion de placement, d’autres sont suivis par des professionnels. Son service permet donc de démystifier certains concepts, savoir quelles questions poser aux conseillers et enlever une certaine gêne ou peur.

Puisqu’elle remarque que plusieurs tentent d’atteindre l’indépendance financière en copiant le scénario de quelqu’un d’autre sans se questionner sur leurs priorités, elle croit que ce type d’accompagnement peut aider à faire face à sa situation et prendre des décisions en fonction de sa réalité.

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Image pour Pinterest : Coast FI

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