L’écoanxiété, la honte de prendre l’avion et autres sujets du genre ont été au top des conversations récemment.

Avant de m’y attarder, je voulais prendre le temps de vraiment penser à la question.

Perso, je ne crois pas que ça sert à grand-chose de dire « ceci est mal », si aucune situation de rechange ou réflexion poussée n’est proposée.

Alors, devrait-on continuer à voyager autant? Est-ce que les gens qui prennent l’avion sont réellement en train de tuer la planète?

Voici quelques réflexions (très personnelles!).

Mon opinion sur la question

Moi dans l'avion

Je n’ai aucune honte à voyager comme je le fais. Zéro. Niet.

Avant de me tirer des roches, lis pourquoi.

Je prends l’avion environ cinq fois par année. Deux ou trois aller-retour, dans le fond. Sans aucun doute, ceci est mon comportement le moins écologique (quoi que je travaille sur internet, c’est peut-être plutôt égal, dans le fond – oui, internet est polluant. Très.)

Cependant, je n’ai pas de voiture. Je n’utilise même pas les transports en commun fréquemment : je marche. Je mange bio et local au moins 60-70% du temps. Je n’achète presque aucun vêtement, surtout neufs. Quand je le fais, j’essaie de faire les meilleurs choix possible. J’achète en vrac, je ne mange pas beaucoup de viande, je n’achète jamais de boissons dans des bouteilles de plastique, je voyage avec plein de produits réutilisables

Je donne et réutilise toujours, je ne jette pratiquement rien. Tout chez moi tient avec de la crazy glue pour éviter d’acheter des remplacements.

Boule de Noël réparée

Incluant cette boule de Noël, que j’aurais pourtant pu remplacer pour 3 ou 4$…

Mes comportements sont écologiques la majorité du temps. Oui, celui qui ne l’est pas est pointé du doigt pas mal ces temps-ci, mais un moment donné, personne n’est parfait et la vie serait bien triste si on avait honte de nos plus grandes passions. 

De plus, je crois que les bénéfices que je retire du voyage sont absolument essentiels à ma vie. Je trouve que je suis une meilleure personne en voyage et à mon retour. Je souffre d’anxiété depuis de nombreuses années et le voyage m’aide énormément à travailler cet aspect de ma personnalité. 

Et surtout, je voyage en étant consciente de tout ça. Je ne prends jamais l’avion pour aller quelque part où je pourrais aller en quelques heures de route. En Australie, je n’achète pas de produits venant d’Amérique, comme ici, j’essaie d’acheter local. 

En toute honnêteté, je crois que je fais plus que ma part comme individu et que je ne devrais pas avoir à me sentir mal pour un comportement, quand des multinationales polluent sans gêne et sont récompensées par des crédits d’impôt… Le blâme est mal placé. 

Que reste-t-il de nos voyages?

Que reste-t-il de nos voyages

J’ai récemment dévoré Que reste-t-il de nos voyages, l’essai de Marie-Julie Gagnon. Oui, dévoré, car j’ai lu cet ouvrage comme un roman qui fait autant rire que pleurer. J’ai tourné les pages sans être capable d’arrêter. 

Il faut dire qu’elle m’a fait brailler dès les premières pages avec une histoire d’adoption faisant suite à un voyage marquant, un signe de la vie. 

Par la suite, elle aborde plusieurs facettes du voyage. Pourquoi voyage-t-on, qu’est-ce que ça a comme effet sur nous, sur les endroits que l’on visite, sur la planète. Ça permet d’avancer sa réflexion sur les bons et les mauvais côtés de cette pratique, en lisant celles de voyageurs et de pros du tourisme, d’histoire et de psychologie. 

J’ai particulièrement aimé les réflexions sur la diffusion de nos voyages, entre autres avec Instagram. Contrairement à ce que l’on pense, le phénomène n’est pas nouveau : les récits de voyage ont servi un but similaire, il y a de nombreuses années. Ça remet les choses en perspective.

Les réflexions sur ce qui nous amène à voyager m’ont intéressée, aussi. On part pour plein de raisons. Par besoin de vacances, par envie d’explorer. Pour fermer un chapitre ou en commencer un nouveau. Pour comprendre, pour se retrouver. 

En lisant ce livre, j’ai autant été entertainée que portée à me poser des questions plutôt complexes. Un gros gros gros coup de coeur. Je recommande la lecture à toutes, car je suis certaine qu’elle vous permettra d’avancer, confirmer ou changer certaines réflexions déjà entamées en plus d’en avoir de nouvelles. 

Que reste-t-il de nos voyages?
Marie-Julie Gagnon
ISBN : 9782761954129
Les Éditions de l’Homme
26,95$

À quoi sert le voyage, finalement?

Hobart vue de l'eau

Hobart ❤️

Comme mentionné dans le livre de Marie-Julie (et comme je le crois depuis plusieurs années), le bonheur acquis par le voyage durerait plus longtemps que l’achat de biens matériels. 

Ce que j’ai trouvé intéressant, cependant, est que le voyage semble aussi améliorer la confiance en soi et la gestion de l’anxiété pour vrai.

Je croyais être un peu étrange, d’aimer mieux le « moi » en voyage et pourtant, cela semble un sentiment partagé par plusieurs. Encore plus intéressant, le fait que, sans même que l’on s’en rende compte, certains de nos acquis en voyage teintent notre vie à notre retour et changent notre perception des choses. 

Les voyages nous ouvrent à l’autre, aux différences. Je ne veux pas m’embarquer dans la politique sur ce blogue, mais les comportements de plusieurs Québécois au cours des dernières années m’ont fait sortir de mes gonds. Comment peux-tu penser d’une façon si unidirectionnelle, si tu n’as jamais pris le temps de découvrir rien d’autre?

C’est correct de dire « je suis mal à l’aise, car je ne connais pas cette réalité ». Mais c’est encore mieux de dire « je suis ouverte à la découvrir ». Et le voyage aide énormément à cela.

C’est confrontant. Malaisant, par moments. Mais ça fait de nous de meilleurs êtres quand on revient. (Si tu ne peux pas voyager, regarde au moins la série Le vrai nouveau monde sur ICI tou.tv!)

/fin de la parenthèse semi-politique

Le voyage, ça sert pour vrai. Ce n’est pas juste une échappatoire temporaire de la vie réelle. 

Découvrir des endroits plus près de la maison

Moi au Coucher de soleil La Bannik, Témiscamingue

Mon beau Témiscamingue ❤️

Tout ceci étant dit, il FAUT se poser des questions quant à la fréquence de nos voyages et à leur impact environnemental et pour les populations locales. Je crois que c’est essentiel. 

À cet effet, j’étais tombée sur un article qui m’a bien fait rire, l’an dernier, au sujet d’une compagnie touristique allemande qui vendait des destinations très similaires à certaines des plus connues de la planète, mais à l’intérieur du pays

Quand mon frère est décédé, j’ai eu une réflexion qui m’avait amenée à choisir de voyager le plus loin possible tant que j’en serai capable et ensuite me concentrer sur les destinations plus près de chez moi, pour la seule et unique raison que je ne sais pas si j’aurai toujours la capacité physique de prendre l’avion 15 heures ou plus.

Ma réflexion était très centrée sur ma personne.

Aujourd’hui, je suis plus nuancée.

C’est ça qui est le fun, aussi, avec des réflexions du genre : j’écris ces mots à la fin du mois de janvier et peut-être qu’au moment où tu les liras, j’aurai déjà ajouté quelques gouttes d’eau à mon vin, grâce à mon voyage au Nicaragua, aux lieux découverts et aux personnes rencontrées. 

Réserve naturelle Jean-Paul-Riopelle, Isle-aux-Grues

L’Isle-aux-Grues ❤️

Voyager, pour moi, ça ne veut plus dire aller à l’autre bout de la planète. Je l’ai réalisé en tombant follement amoureuse de lieux à quelques heures de chez moi : L’Isle-aux-Grues, les îles de la Madeleine, le Témiscamingue et j’en passe. On peut être dépaysé et profiter de certains des bienfaits du voyage sans même prendre l’avion. 

Quand on réalise cela, on s’ouvre la porte à plein de possibilités.

Ce n’est plus une solution de rechange que de faire un roadtrip au Québec, l’été : c’est un Plan A. C’est excitant. Ça permet de vivre des expériences fabuleuses, similaires à celles que l’on aurait eues ailleurs (dépaysement face à la langue et à la culture en moins).

En changeant notre attitude, on change le résultat que ça a sur nous, aussi. 

Et on s’affranchit de la compétition face aux destinations qui ne sert à rien. Il n’y a pas de meilleure destination. De bonne ou mauvaise façon de voyager. Oui, on peut aimer Las Vegas et le camping. Les vacances de farniente et l’exploration culturelle. L’Australie et les staycations.

Il n’y a pas de gagnant et de perdant, tant qu’on est en accord avec nos valeurs (et notre budget!). 

Et les crédits carbone, dans tout ça?

vue de l'avion

Puis, veux-tu me lancer des roches? Car je pense que tu vas vouloir le faire, là.

Je n’ai jamais acheté de crédit carbone pour compenser mes vols et jusqu’à preuve du contraire, je ne vais pas le faire. Je ne suis pas convaincue de l’efficacité de cette façon de faire et j’ai été découragée par les reportages sur ces compagnies qui plantent des arbres… pour ensuite les déraciner

Cet article résume bien ma pensée (mais avec un avis d’expert, en plus!).

En Australie, en 2013, j’ai participé à une initiative de bénévolat pour planter des arbres dans une communauté où les dunes de sable étaient en train d’envahir la ville. Ça, j’y crois. Mais j’ai l’impression que les crédits carbone, c’est surtout du marketing de culpabilité. 

Moi qui plante des arbres à Arno Bay

Super look! 😂

Si tu te sens si coupable par rapport à ta consommation, tu devrais revoir celle-ci, plutôt que de « compenser ».

Certaines entreprises ont récemment annoncé qu’elles compenseraient les émissions carbone des voyageurs faisant leurs réservations chez eux. J’ai hâte de voir si c’est juste du marketing, ou s’il sera possible de voir des effets réels. Perso, je serais bien plus portée à réserver chez un voyagiste qui m’offre la possibilité de participer à une activité de nettoyage de plage ou à planter des arbres.

Quelque chose de concret.

Déchets sur une plage de République dominicaine

Lors de mon voyage en République dominicaine, il y a quelques années, j’ai trouvé la plage tristement sale, mais je n’étais pas équipée pour la nettoyer moi-même. J’ai parlé à l’administration de l’hôtel pour leur suggérer cette activité et ils m’ont dit qu’elle aurait lieu dans un avenir prochain. 

Je ne veux pas jouer la sauveuse blanche, non plus (j’ai beaucoup aimé les réflexions du livre à ce sujet, d’ailleurs). Mais je veux faire ma part.

Sans culpabilité. 

Pour terminer ce billet, je vais citer un passage de Que reste-t-il de nos voyages :

Je ne réglerai pas le sort du monde en quelques paragraphes. Je soulève ici certains points qui me préoccupent, mais j’aurais pu consacrer encore des pages et des pages à chacun de ces enjeux. Je ne prétends pas non plus tout comprendre tant ils sont nombreux et parfois pointus, et encore moins détenir la vérité.

Pour découvrir mes billets en lien avec les diverses façons de voyager, visite cette page, qui pourra t’aider à orienter tes réflexions.

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Image pour Pinterest : pourquoi voyager

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